Il y a des romans qu’on écrit et qu’on range. On est content, on passe à la suite, on n’y repense plus vraiment. Et puis il y a les autres, ceux qui restent dans un coin du cœur, ceux auxquels on revient par la pensée même des années après, ceux dont on est fier d’une façon qui n’a rien à voir avec les ventes ou les avis.
Nos Vies d’Après est ce roman-là pour moi.
Publié en décembre 2020 en ebook et en janvier 2021 en broché, c’était mon troisième roman (mon deuxième en autoédition). Cinq and plus tard, je l’aime toujours autant. Malgré ses défauts, malgré tout ce que je referais différemment, malgré les erreurs de débutante que j’y vois maintenant avec le recul. Parce que c’était mon premier drame. Et ça, ça ne s’oublie pas.
Voilà ce que j’aurais voulu savoir avant de l’écrire.
L’étincelle : ce qui se passe derrière les portes des gens
J’avais envie d’écrire un drame depuis un moment. Pas une romance avec des obstacles, pas une comédie romantique avec des malentendus, non. Un vrai drame, avec de la douleur dedans, avec des personnages qui portent des choses lourdes depuis longtemps.
L’idée de départ, c’était ça : savoir ce qui se passe derrière les portes des gens, dans leur vie, quand tout a l’air parfait de l’extérieur. Sam et Claire semblent tout avoir : un fils adorable, une belle maison à San Francisco, une vie qui tient debout. Et puis quelqu’un du passé de Sam réapparaît. Et tout ce qui semblait solide commeence à se fissurer.
Ce territoire me fascinait. Et me fascine toujours.
Sam, ou comment tomber amoureuse d’un personnage difficile
Ce que je n’avais pas anticipé en commençant ce roman, c’est Sam.
Sam, c’était mon premier héros masculin. Et je l’adore. Vraiment, profondément, malgré ses énormes défauts (et ils sont vraiment énormes). Sans trop spoiler, Sam n’est pas quelqu’un de simple. Il a fait des choses que je ne peux pas défendre. Il porte ça depuis des années. Et pourtant, au fil des pages, j’ai découvert que je pouvais écrire des personnages très différents de moi, comprendre leur fonctionnement de l’intérieur et les aimer quand même.
J’ai aussi découvert avec lui que le pardon n’est ni tout noir ni tout blanc. Ce n’est pas une case à cocher. Ce n’est pas une décision qu’on prend une fois et qui tient. C’est quelque chose de vivant, de compliqué, qui évolue différemment selon les personnes. Mes personnages me l’ont montré avant que je puisse le formuler.
Je les écris souvent bien plus cléments que moi
Les thèmes de Nos Vies d’Après (les secrets de famille, les secondes chances, le pardon) me parlent personnellement. Beaucoup.
Mais je dois admettre quelque chose : je suis plus rancunière que mes personnages. Je réalise que je les écris souvent bien plus cléments que je ne le suis moi-même. Ils font des pas vers les autres quand moi je resterais plantée sur mon bout de trottoir en croisant les bras. Sarah, dans ce roman, traverse des choses que je ne suis pas sûre de pouvoir traverser avec autant de dignité. Et Sam… Sam fait un travail sur lui-même que beaucoup de gens ne feront jamais.
Est-ce que l’écriture me permet de vivre des réconciliations que je ne vivrais pas dans ma vraie vie? Peut-être. En tout cas, ça m’a appris à comprendre des points de vue que je ne comprenais pas. Et c’est peut-être ça, l’utilité secrète de la fiction.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise
Si je pouvais parler à la version de moi qui commençait ce roman en 2020, je lui dirais trois choses.
Ne te prends pas la tête. Ce roman sera ce qu’il sera, et ce sera bien.
Accepte tes personnages comme ils sont. Ne force pas Sam à être plus sympathique qu’il ne l’est. Ne lisse pas les aspérités pour rassurer les lectrices potentielles. Fais-leur confiance, ils savent ce qu’ils font.
Et fais-les grandir en même temps que toi. Les meilleures pages de ce roman sont celles où je ne contrôlais plus rien, celles où je suivais.
Ce que je referais différemment
La communication autour du roman. J’aurais dû avoir moins peur d’en parler, oser le mettre davantage en avant. C’est quelque chose que je ne maîtrise toujours pas d’ailleurs, mais avec Nos Vies d’Après, c’était encore pire qu’aujourd’hui. Comme si je n’osais pas revendiquer le fait que j’avais écrit quelque chose dont j’étais fière.
Cinq ans plus tard, je l’assume pleinement. Ce roman aura toujours une place spéciale dans mon cœur. Et si vous ne l’avez pas encore lu, c’est peut-être le bon moment.
Et toi ? Est-ce que tu as un livre (le tien ou celui de quelqu’un d’autre) qui a une place à part?