Écrire malgré tout : ce que j’ai appris en écrivant avec un cerveau compliqué

Il y a des jours où j’ouvre mon manuscrit et j’écris trois mille mots d’une traite. Les idées viennent vite, les personnages sont bavards et j’ai l’impression d’être exactement là où je dois être et de faire ce que je dois faire.

Il y a des jours où j’ouvre mon manuscrit et… rien. Je le referme aussitôt. Pas parce que l’histoire ne me plaît plus. Pas parce que je manque d’idées. Juste parce que ce jour-là, mettre un mot après l’autre est au-dessus de me mes forces.

Je suis bipolaire. Et écrire un roman avec la bipolarité, c’est un peu comme conduire sur une route qui change de largeur sans prévenir, parfois c’est une autoroute dégagée, parfois c’est un chemin de terre boueux… Parfois, la route disparaît carrément. Alors on s’adapte. On trouve des détours, on avance quand même, ou on attend que ça s’améliore.

Cet article, c’est mon expérience. Pas un guide, pas une méthode. Juste ce que moi j’ai appris en écrivant avec un cerveau qui ne fait pas toujours ce qu’on lui demande.

Le chaos a plusieurs visages

Quand on parle d’écrire dans les périodes difficiles, on imagine souvent le cliché de l’artiste maudit qui produit son chef-d’œuvre dans la douleur… La réalité est beaucoup moins romantique.

La bipolarité, concrètement, c’est des périodes hautes où tout semble possible et des périodes basses où même se lever est une victoire. Entre les deux, il y a des zones grises : fatigue, confusion, des journées où on est là sans vraiment être là… Et des journées juste « normales » (même si je n’aime pas utiliser ce mot, car être bipolaire, ce n’est pas être anormal pour moi). En ce moment, je suis en arrêt. Et je réfléchis à comment construire un mode de vie qui me conviendrait vraiment. C’est du chaos, mais du chaos doux. Du chaos qui cherche une forme.

Et dans tout ça, j’écris. Peut-être pas autant que je voudrais, peut-être pas tous les jours de la même façon. Mais j’écris.

Quand ça va mal, j’attends. Et parfois je capitalise.

Je ne vais pas vous vendre la méthode miracle pour continuer à écrire pendant les périodes basses, elle n’existe pas. Honnêtement? Quand ça va vraiment mal, j’attends que ça passe. C’est ma stratégie numéro, pas très fofolle, je vous l’accorde.

Mais parfois, il y a quelque chose d’étrange qui se passe : quand le mal-être est là et que mes personnages traversent eux aussi quelque chose de difficile, certaines scènes sortent toutes seules. Je n’ai pas à aller chercher loin pour trouver les émotions, elles sont déjà là, à portée de main. Dans La Vue depuis le Bungalow et dans Te Garder Près de Moi, il y a des scènes qui sont nées comme ça. Dans les creux. Dans les moments où je n’avais pas grand-chose d’autre à donner.

Ce n’est pas de la souffrance transformée en art, cette formulation me fait lever les yeux au ciel. C’est juste que certains jours, l’accès aux émotions est plus direct. Et que la fiction sait quoi en faire.

Les 30 000 mots perdus (et retrouvés)

Il y a quelques semaines, j’ai perdu les 30 000 mots de mon projet en cours. Volatilisés. Disparus. J’ai cherché partout, pleuré, fait mon deuil pendant deux jours.

Et puis le troisième jour, j’ai décidé qu’il était hors de question que cette histoire disparaisse. Je m’y suis remise. Aujourd’hui, j’ai dépassé les 30 000 mots. Yay !

Je vous raconte ça pace que c’est peut-être la chose la plus importante que j’ai apprise sur l’écriture dans le chaos : ce n’est pas l’absence de catastrophes qui fait qu’on finit un roman. C’est la décision, à un moment donné, de continuer à écrire quand même. Même maladroitement, même lentement, même avec un cerveau qui ne coopère pas toujours.

L’écriture comme preuve concrète d’avancée

Il y a quelque chose que l’écriture fait pour moi que rien d’autre ne fait vraiment.

Quand je suis fatiguée, quand je reste chez moi toute la journée, quand la bipo fait ce qu’elle veut de mon énergie, j’ouvre mon manuscrit. Et je vois le nombre de mots qui n’arrête pas d’augmenter. Lentement parfois, en rafales d’autres fois, mais toujours vers le haut.

C’est la preuve concrète que j’avance. Que je suis là. Que même les jours où écrire un roman semble impossible, quelque chose se construit quand même. Mon gros projet du moment est devenu une sorte de béquille douce, un appui, pas une dépendance. Quelque chose qui aide à marcher sans remplacer les jambes.

Sur la culpabilité d’écrire ou de ne pas écrire

Je ne crois pas à l’inspiration comme condition obligatoire. Elle surgit souvent sans prévenir, au milieu d’une phrase qu’on écrivait sans trop y croire, dans un moment où on avait décidé d’écrire même si on n’en avait pas envie.

Mais « être dans le bon état pour écrire », ça je ne peux pas vous dire que c’est une excuse. Parce que pour certaines personnes, certains jours, ce n’en est pas une. Et qui suis-je pour juger ce que vous traversez.

Ce contre quoi je suis vraiment, c’est la culpabilisation. Se sentir mauvaise autrice parce qu’on n’a pas écrit aujourd’hui. Se juger pour une semaine sans rien, un mois sans mots, une période où la vie a pris toute la place. La vie prend parfois toute la place. C’est normal. Le manuscrit sera encore là quand vous reviendrez.

Ce que j’aurais voulu entendre

Personne ne vous dira que c’est facile d’écrire avec un cerveau qui joue avec se spropres règles. Mais personne ne devrait vous dire non plus que c’est impossible.

La bipolarité fait partie de ma vie d’autrice. Elle colore certaines pages, elle efface certains jours, elle complique des choses qui semblent simples pour d’autres. Et en même temps (ce projet en cours, ces mots qui augmentent chaque jour, cette histoire que je refuse de laisser disparaître) c’est aussi moi. Avec la bipolarité, pas malgré elle.

Écrire dans les périodes difficiles ne ressemble pas à écrire dans le calme. Mais ça ressemble quand même à écrire.

Les coulisses, sans filtre.

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Et toi ? Est-ce que tu écris dans les périodes difficiles, ou tu attends que ça passe?

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