Je laisse les mots venir. Je suis les personnages. Des fois, je les aide juste à devenir un peu plus eux-mêmes… Mais je leur fais confiance. Trop, parfois. Mais c’est pour ça que le premier jet existe.
C’est comme ça que je décrirais comment j’écris sans plan à quelqu’un qui n’a jamais écrit. Pas de jargon, pas de méthode avec un nom compliqué. Juste ça.
Sauf que… Ce n’est pas tout à fait vrai non plus. Parce qu’en ce moment, j’écris le projet le plus ambitieux de ma vie. Deux tomes, plusieurs POV, un univers dense, un genre que je n’ai jamais vraiment exploré sérieusement jusque là. Et pour celui-là, j’ai un plan. Un vrai.
Alors, est-ce que j’écris sans plan ou pas?
La vraie réponse : ça dépend. Et j’ai mis du temps à accepter que c’était une réponse valable.
Écrire sans plan : ce que ça veut dire concrètement
Pendant longtemps, j’ai cru que les vraies auteur.ices planifiaient tout. Qu’il existait une méthode correct et que si tu ne la suivais pas, tu étais un peu… approximative.
Puis Andrew est arrivé.
Andrew, c’est un personnage de La Vue depuis le bungalow. Au départ, je l’avais imaginé beaucoup plus sombre. Un certain type d’homme, une certaine fonction dans l’histoire. Et au fur et à mesure que j’écrivais, il s’est incarné tout seul, dans une direction que je n’avais pas prévue, avec une personnalité que je n’avais pas choisie. J’aurais pu résister. Forcer le personnage à rentrer dans la case que je lui avais réservée.
Je ne l’ai pas fait. Et le roman est meilleur pour ça.
C’est ça, pour moi, écrire sans plan. Pas du chaos, pas de l’improvisation totale. C’est faire confiance à ce qui émerge, et avoir l’honnêteté de suivre même quand ce n’est pas ce qu’on avait prévu.
Pourquoi le plan arrive souvent après le premier jet (pas avant)
Sur la majorité de mes projets, le plan n’existe pas au premier jet. Il apparaît au second, quand l’histoire est là, quand je sais ce que les personnages veulent vraiment, quand je peux enfin structurer quelque chose qui existe déjà plutôt que d’essayer de construire dans le vide.
C’est contre-intuitif. On pense qu’un plan, c’est fait pour démarrer. Pour moi, c’est souvent un outil de révision. Une façon de regarder ce que j’ai écrit et de comprendre ce que j’essayais de raconter.
Le premier jet, c’est l’exploration. Le plan, c’est la carte qu’on dessine une fois qu’on connaît le territoire.
Quand écrire sans plan ne suffit plus
Certains projets l’exigent quand même, ce plan. Le mien en ce moment, par exemple : deux tomes, plusieurs points de vue, un univers que j’invente de toutes pièces dans un genre que je n’a jamais vraiment écrit sérieusement. Sans quelques garde-fous, je me perdrais, pas de façon créative et excitante, mais de façon décourageante et paralysante.
Alors j’ai Notion pour le worldbuilding et les personnages. Et un document Word structuré par actes, avec des idées de scènes et le nombre de mots pour rester dans les clous.
Il y a quelques jours, j’ai perdu les 30 000 mots de ce projet. Volatilisés. J’ai passé l’après-midi à chercher, à prier, à ne pas y croire. Et au milieu de ce désastre, j’ai retrouvé le plan (incomplet, récupéré je ne sais même pas comment) et c’est lui qui m’a un peu sauvé la vie. Pas les mots. Le squelette. Les personnages, leurs arcs, les grandes étapes de l’histoire. Tout ce que j’avais posé ailleurs, en dehors du manuscrit.
Je n’avais pas prévu que le plan servirait à ça.
Est-ce que je le consulte tout le temps? Non. Est-ce que je le respecte à la lettre ? Absolument pas. Est-ce que je suis contente qu’il existe ? Maintenant plus que jamais, surtout les jours où je me sens perdue et que je sais que je peux m’y accrocher.
Le plan, sur ce projet, ce n’est pas une cage, mais un filet de sécurité. Littéralement.
La croyance sur l’écriture qui m’énerver (et que j’entends tout le temps)
Que c’est l’auteur.ice qui décide de son histoire. Seul.e. Entièrement.
Dans mon expérience, ce n’est pas comme ça que ça se passe.
Des fois, on écrit un personnage, une situation, et on se rend compte que tout ce qu’on avait prévu n’ira finalement pas. Pas parce qu’on a échoué à planifier. Mais parce que l’histoire a besoin d’autre chose. Parce que le personnage, en prenant vie, a refusé d’aller là où on voulait l’emmener.
Et là, tu as deux options : forcer ou faire confiance.
J’ai appris à faire confiance. Pas aveuglément, le deuxième jet est là pour corriger, reconstruire, resserrer. Mais au premier jet, je laisse. Je suis. J’observe.
Ce n’est pas moi qui décide seule. J’écris avec mes personnages.
Plan ou pas plan, la vraie question
Elle n’est peut-être pas là où on croit.
La vraie question, c’est : de quoi a besoin ce projet ? Et de quoi toi tu as besoin pour l’écrire sans te bloquer ?
Parfois, c’est la liberté totale. Parfois c’est un doc Word avec des actes et des scènes. Parfois c’est les deux, dans des proportions qui changent d’un roman à l’autre.
Il n’y a pas de bonne méthode d’écriture. Il y a juste la tienne. Celle qui te permet d’aller au bout.
Et toi ? Tu es plutôt plan ou instinct quand tu écris ? Ou tu lis et tu te demandes comment tout ça fonctionne de l’intérieur ? Dis-moi en commentaire, je suis curieuse.